Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
14 octobre 2011 5 14 /10 /octobre /2011 10:36

 

Les manifestations d’enseignants se sont déroulées sur les thèmes du manque de personnel et de la revalorisation des salaires d’enseignants. Double exagération : l’Education Nationale ne manque pas de moyens, et les enseignants français ne sont pas à plaindre si on les compare à leurs collègues européens. Nicolas Lecaussin a lu pour vous le rapport de la Commission Européenne.

 

 

Les syndicats français ne cessent de le clamer : l’Education nationale a besoin de moyens supplémentaires et nos enseignants sont mal payés.
Les deux affirmations sont fausses. L’école française n’a jamais eu autant d’argent à disposition, son budget (45,5 milliards) est le deuxième derrière celui du service de la dette (47,7). Il est vrai que l’Education Nationale abrite un nombre considérable de salariés « administratifs » : près de 125.000 pour 850.000 enseignants. 1 bureaucrate pour 5 enseignants : le pourcentage étonne, mais il reflète la réalité.
Contrairement à ce que soutiennent les syndicats et certains politiques, le personnel de l’Education nationale n’est pas à plaindre. Les études européennes le démontrent aussi comme vient de le faire la Commission européenne dans le cadre de son programme Eurydice. Un Rapport sur la situation des enseignants dans les pays membres démontre qu’il existe pas mal de disparités d’un pays à l’autre, mais que les Français se trouvent bien parmi les mieux lotis.
Dans ce rapport, on apprend encore que certains pays dont la Finlande, la Suède, la Norvège et le Danemark accordent beaucoup de liberté aux établissements scolaires s’agissant de la rémunération de leur personnel. L’autonomie et la décentralisation y sont de règle. Ce sont aussi des pays mieux classés que la France dans le Rapport Pisa sur les résultats scolaires. Mais leurs enseignants seraient-ils mieux payés ? Pas du tout. D’après le Rapport Eurydice, le salaire maximum dans l’enseignement primaire est de 44 518 euros/an en France et de 39 109 euros/an en Finlande. Pour le secondaire (lycées), la différence est presque aussi importante : 47 477 euros/an contre 34 700 euros/an. Rappelons que la Finlande est en tête du dernier classement PISA.
En Suède, les salaires les plus élevés sont encore très inférieurs à ceux que l’on verse en France : 27 686 euros/an (primaire) et, 32 432 euros/an (secondaire) Par rapport à la Grande-Bretagne, les différences sont également sensibles, puisque le salaire maximum est de 40 327 euros dans le primaire comme dans le secondaire.
Il est vrai que les salaires sont plus élevés en Allemagne et aux Pays-Bas. Dans le primaire, le salaire de l’instituteur allemand peut atteindre 51 371 euros/an et aux Pays-Bas, 45 836 euros. Le secondaire aussi paye mieux : 63 985 euros en Allemagne et jusqu’à 69 440 euros aux Pays-Bas. Toutefois, les auteurs du rapport précisent que le salaire moyen des enseignants en France n’est pas connu et que les primes n’apparaissent pas dans leurs calculs. Plus encore, il faudrait donner le temps effectif de travail des enseignants dans les pays membres. Les différences seraient peut-être plus significatives.
Enfin, le Rapport montre aussi qu’à part quelques pays dont l’Espagne, l’Irlande et la plupart des pays de l’Est de l’Europe, les enseignants n’ont pas été touchés par la crise de 2008 et n’ont pas subi de perte de salaire. Au contraire, leur pouvoir d’achat a augmenté malgré la crise ; c’est le cas en France.
En conclusion, il y a un contraste entre le niveau des rémunérations français et les résultats obtenus par le système scolaire, tant sur le plan des connaissances que de l’éducation. Il n’y a pas de raison pour que de bons enseignants, opérant dans de bonnes écoles, ne soient pas mieux payés en fonction de leur mérite et de leur dévouement. Mais cela suppose non pas une grille bâtie par une administration centrale mais un salaire lié à la qualité des établissements soumis à une concurrence ouverte. Dans un système concurrentiel les meilleures écoles peuvent embaucher, licencier et rémunérer à leur guise, ou plutôt en fonction du verdict porté par des parents libres de choisir l’établissement fréquenté par leurs enfants. Les bons enseignants ont tout à y gagner, et à ce jeu tous les enseignants deviennent bons !

 

Source : www.irefeurope.org/content/les-enseignants-français-sont-ils-à-plaindre

Partager cet article

Repost 0

commentaires